Montag, 29. Juli 2002

L'image de l'Homme et Organisation de la Société - Orientations de la Doctrine Sociale de l'Eglise - Prof. Dr. Marianne Heimbach-Steins

Europäisches Laienforum in Erfurt vom 28.6. - 3.7.2002
Nos sociétés modernes en Europe reflètent un sentiment de vie ambigu : d'un côté elles offrent pour beaucoup de gens des possibilités de vie comme on n'en a jamais connu dans l'histoire : une prospérité économique et un bon ‚équipement‘ social de base, la démocratie et la co-détermination, une mobilité globale , des possibilités d'information et de communications. De l'autre côtre nous observons un clivage toujours plus grand entre ceux qui sont prospères et les pauvres – non seulement au niveau mondial mais aussi dans nos propres sociétés . Nous voyons que les standards sociaux qui ont été établis dans nos sociétés au cours du 20e siècle, sont mis en question . Et récemment nous observons que la volonté d'abroger certains droits fondamentaux de liberté en faveur de vrais ou de soi disant intérêts de sécurité s'accroît. Et nous participons à un processus géneral de mise en insécurité : le pluralisme ethnique, religieux, idéologique n'est pas vu uniquement comme un bénéfice, mais assez souvent même comme une menace de la propre sécurité et identité . La réaction consiste à refuser l'étranger ou – de plus en plus souvent - de prendre recours à la violence.

En quatre thèses j'aimerais d'écrire un ensemble de problèmes et de questions pour ensuite refléchir sur l'image de l'homme et la dignité humaine ainsi que sur la force d'orientation de la doctrine sociale de l'Eglise.

Défis urgents de la société – thèses d‘introduction

Tout d'abord quatre thèses pour illustrer des scénarios de crise que vivent nos sociétés

1. Partout sur notre globe les menaces multiples de paix et les scénarios notoires de guerre dans beaucoup de regions sont de nos jours source de soucis et d'insécurité des individus et des sociétés tout entières. Nous aussi en Allemagne et en Europe , nous ne pouvons pas rester indifférents par rapport aux ébranlements en Proche Orient, en Afghanistan ou dans la région de Kashmir – pour ne citer que ces examples. Le souci d‘une paix juste dans le monde doit donc fournir un point central de réflexion et d'action politique : ce souci nous force de prendre conscience des inégalités dramatiques des chances de vie et des injustices croissantes.
Le clivage entre pauvreté absolue et richesse immense s'accroît. Dans ce fait réside une infraction continue à la dignité humaine des pauvres et une source de discorde et de violence.
Il y a une correlation entre la volonté d'appliquer de la violence et les luttes globales de répartition de terres, de biens vitaux, de pouvoir économique et politique. Il en résulte la question à savoir quelle idée de vie réussie et de paix peut orienter nos actions.

2. Dans beaucoup de pays de l'Europe occidentale il y a actuellement une crise de la culture démocratique. Cela explique pourquoi nous pouvons constater un déplacement vers la droite.
La cause de cette évolution réside probablement dans ce sentiment général d'insécurité et cette peur face à l'étranger aux formes complexes dont nous venons de parler et ce qui est ressenti comme une menace. Mais au fond il s'agit d'un problème d'éducation et de formation. A la longue, la sécurité ne peut pas être assurée dans une société ouverte ni en se barricadant vers l'extérieur , ni par des mesures de police; par contre, il est absolument
nécessaire de former et de promouvoir des identités culturelles, idéologiques et religieuses stables. Elles forment une base inéluctible pour la vie commune, la volonté de rencontre et d'intégration dans une société ouverte et complexe. C'est dans ce contexte que se pose la question de l'idéal de la vie commune des êtres humains, de l'idée d'une société juste.

3. Une autre source du sentiment d'insécurité est causé pour pas mal de gens par la diminution des bienfaits standardisés de l‘état dans beaucoup de sociétés hautement développés. L'argument utilisé indique des intérêts économiques et la prétention de vouloir renforcer la responsabilité propre de chacun . Naturellement il est très important de renforcer les individus en tant que citoyens et citoyennes responsables. Il peut y avoir un problème, pourtant, si dû à la perte de stabilité sociale la perception de responsabilité n'est pas soutenue mais entravée. Voilà la cause du fait que le clivage entre riches et pauvres dans nos sociétés s'aggrandit. Ce problème nous mène à une autre question, à savoir comment déterminer la relation entre l'individu et la société.

4. Un quatrième ensemble de problèmes a rapport à la discrépance croissante entre les attentes et la valorisation apportée à la vie humaine. Nous vivons l‘ augmentation énorme et ultra-rapide des possibilités pour perfectionner la vie humaine. Cela ne vaut pas uniquement pour les chances de traiter et de guérir des maladies , mais aussi pour la découverte précoce d'handicapés et de maladies dans la période prénatale. Mais cette augmentation des possibilités a un revers dangereux : la conviction que la valeur de la vie humaine ne dépend pas de santé , de maladie ou des handicaps n'est pas partagé par tous. Les parents sont soumis à une pression toujours plus grande de donner la vie uniquement aux enfants sains. Parallèlement une pression est exercée sur les vieux de se congédier de la vie s'ils ne peuvent plus satisfaire aux demandes de la société en ce qui concerne l'utilité et la „normalité". Souvent cette pression se cache derrière une facade dite humaine, c'est à dire l'appel au droit à la propre mort. Nous pouvons constater dans toutes ces tendences une mise en question soujacente et progressive du droit à la vie au début et à la fin; donc, une mis en danger du droit humain le plus fondamental ou pour le préciser encore plus, une rupture avec la base solide de la culture européenne. La question qui se pose dans ce contexte est celle de l'image de l'Homme et du fondement de la dignité humaine.

Nous voulons traiter cette question dans la partie suivante :

„L'image chrétien de l'Homme" comme offre d'interprétation et aide d'orientation

Dans les orientations de chaque concept moral il y a un image de l'Homme en tant que sujet d‘ actions morales et porteur de responsabilité morale. C'est pour cela que les chrétiens invoquent toujours à nouveau l‘ „image chrétien de l'Homme". Mais la formule à elle seule ne dit pas encore grand chose sur les particularités de cet image de l'Homme. Pour cette raison on doit préciser la demande à connaître les points d'orientation inclus dans cet image. Mais nous ne pouvons donner que des points de repère, pas un catalogue dont le contenu est toujours prêt à être rappelé

Semblable à un portrait peint , un image de l'Homme n'est pas une „copie exacte de la nature". Il ne contient non plus une définition de l'être „valable une fois pour tout". Il est plutôt une offre d'interprétation. Il est déterminé par des modèles spécifiques de perception
du monde, par des convictions religieuses et philosophiques ainsi que par des expériences historiques. C'est pour cela qu'il n'y a pas l e image chrétien de l'Homme, mais il y a de
multiples tentatives pour comprendre – à la lumière d'expériences et de convictions chrétiennes de base - de comprendre l'essence de l'être humain et de la dignité humaine. Tout cela nous ouvre des horizons qui nous inspirent à dessiner le modèle d'une vie humaine au sein de la société et de poser des questions critiques par rapport aux développements de cette même société. Certaines coordonnées de base, résultant de la croyance biblique-chrétienne en Dieu et des expériences du monde, telles qu'elles sont reflêtées dans la Bible , peuvent apporter de l'aide à nos reflexions. Elles sont déterminantes pour des images chrétiens de l'Homme. J'aimerais les décrire en cinque „concepts de tension" entre les pôles desquels la vie humaine cherche à se comprendre. Maintenir ces tensions sans les dénouer vers l'une ou l'autre côté , voilà un critère d'orientation pour l'image chrétien de l'homme.

1. Entre créature dûe à un Dieu et autonomie

Ce que signifie „être Homme" se comprend – à la lumière de la Bible – du fait que l'être humain a été crée par Dieu : en tant que créature l'Homme n'est pas uniquement „projeté" dans l'univers , mais dans la complexité de son existence tenu et porté par un créateur qui accompagne sa créature avec bien-veillance. Cela pose un signe pour toute autre tentative d'interprétation. Une telle existence „dû à quelqu'un" nous rend capable d'agir en autonomie et responsabilité. Elle place l'Homme devant le défi d'organiser son monde d'une manière active et responsable, de prendre en main sa vie et de la mener par rapport à ses capacités et en relation envers les autres.

2. Entre Individualité et dépendance sociale

Selon la conviction chrétienne, chaque être humain est unique et ne pas à confondre avec une autre personne. Mais en même temps il se comprend par rapport à et dépendant de la communauté humaine et de la société. Dans l'interprétation chrétienne cette tension appartient aux élements de base de la notion de ‚personne‘. Pour la doctrine sociale de l'Eglise la notion de personne est un instrument central pour décrire l'image chrétien de l'Homme. Cet image dérive du fait que chaque Homme a le même origine et est soumis à la même tension entre individualité et dépendance sociale; et toute tentative d'interprétation de réduire l'existence humaine à l'individualisme, au dépens de la capacité d'entrer en relation, ou bien de la limiter à un simple collectivisme au dépens de l‘individualité et de l'autonomie de l'Homme doit être vu d'un oeil critique. Cela a des conséquences pour l'interprétation des principes sociaux classiques , à savoir la subsidiarité et la solidarité, ainsi que pour leur coordination réciproque. Il en résulte que des définitions unilatérales de rapports sont à critiquer dès le début. La même chose vaut pour le principe de la solidarité, qui se base sur la justice sociale, ainsi que pour celui de la subsidiarité qui a surtout comme but d‘assurer la liberté.

3. Relations humaines : entre capacité et indigence

Si l'on se penche sur la ‚sociabilité‘ de l'existence humaine on découvre une autre tension: les hommes et les femmes sont capables d'entrer en relations les uns avec les autres et de construire ensemble la société, mais ils dépendent également du soutien individuel et social des autres. Cette tension résulte du fait que l'Homme n'a pas uniquement un côté spirituel
mais aussi corporel. C'est à la fois une limite mais aussi une chance de l'Homme. Ce n'est pas
exact de définir la ‚sociabilité‘ uniquement comme indigence, comme compensation d'une imperfection humaine ou d'une faiblesse. Une telle vue, il est vrai, admettrait que des enfants,
des malades , des handicapés, des personnes vieilles et faibles dépendent de l'aide de la société, mais l'idéal et le but d'une éducation et d‘un développement humain serait alors „autonomie", comprise comme indépendance des autres.

Celui, cependant, qui croit au message que Dieu s'est incarné, ne partira pas d'une telle interprétation déficitaire (et individualiste). A côté de la condition humaine innée dès la naissance , c'est à dire de dépendre des autres, il y a toujours cette expérience fondamentale de pouvoir entrer en contact aux autres, capacité qu‘ il faut cultiver. Voilà une conséquence centrale dérivant de cette tension originaire entre individualité et socialité. Elle contient une option de valeur importante pour l'interprétation du principe de solidarité. Ces réflexions nous offrent une aide d'orientation valable quand il s'agit de discuter de l'avenir de nos systèmes de sécurité sociale et de la valorisation éthique du principe de l'état social.

4. Entre liberté responsable et inclination vers le péché

Dans les trois concepts de tension décrits ci-dessus il ya la polarité entre liberté raisonnable et responsable et l'inclination vers le péché , entre la capacité de commettre des fautes et être sujet à des fautes. Cela aussi est caractéristique pour la condition humaine. L'autorisation à la liberté ouvre l'espace pour agir et organiser le monde, elle nous interpelle à devenir responsable et à prendre recours au dialogue dans toutes les décisions réfléchies concernant notre propre chemin de vie ainsi que des processus de la société. Mais tout cela est aussi soumis à un échec possible. Les motivations et intentions humaines ne sont pas toujours pures, elles sont sujettes à des influences négatives et à la corruption. La compréhension chrétienne de l'Homme est réaliste : il part du fait que cette inclination vers le péché ne peut pas être surmonté dans la vie terrestre – voilà le sens du discours théologique à propos du péché originel .Surtout quand il s'agit de développements sociaux, scientifiques et politique de grande envergure - comme p. ex. dans le domaine de la bio-technique – il est valable de réfléchir sur cette compréhension, car elle peut nous encourager à faire attention et à choisir les chemins avec moins de risque.

5. Entre transcendance et mortalité

Chaque vie humaine avance vers la mort. Une compréhension chrétienne oppose l'expérience de finalité et de mortalité à la capacité de trancendance et de l'espoir de rédemption. La faculté de prendre distance à soi-même, de poser la question de sens et de ne s'épuiser littéralement dans les affaires quotidiennes se situe depuis toujours dans une perspective de mort de chaque être humain. Mais la foi chrétienne peut faire un lien avec le premier concept de tension, celui entre créature dû à un Dieu et autonomie de la vie humaine: La croyance en un bon Dieu créateur ne rend pas inutile la question du ‚Pourquoi‘ de la souffrance et de la finalité mortelle. Cette question ne trouve pas une réponse simple – même à la lumière de l'expérience biblique d'un Dieu et de ses interprétations chrétiennes. Tout en donnant lieu à des lamentations, elle reste ouverte dans l'espoir d‘un Dieu qui lui-même s'est uni aux expériences humaines de souffrance et de mort. Dieu n'entre pas en jeu comme quelqu'un qui nourrit l'espoir. En son nom il faudrait plutôt faire l'impossible pour surmonter les injustices qui causent des souffrances, mais en même temps chaque Homme souffrant doit être protégé et respecté dans sa dignité huimaine inaliénable.

Résultat : La dignité humaine comme idée d'orientation

A travers ces concepts de tension on arrive à comprendre ce que la notion abstraite de „dignité humaine", si on l‘interprète au sens chrétien, veut dire. Cette notion lie ensemble comme dans un verre ardent des perpectives de compréhension : nous devons notre existence humaine à un Dieu, nous sommes libérés vers nous-mêmes et autorisés à des actions responsables, mais cette existence connaît une fin et est mise en danger; mais puisque cette existence malgré sa ‚faiblesse‘ et l'inclination pour le mal est accepté par Dieu l'Homme lui-même ne peut pas disposer d'elle. C'est pourquoi la dignité de l'Homme est inviolable.

Mais: est-ce qu'une telle offre d'interprétation de l'existence humaine peut-elle contribuer à la compréhension morale dans notre société pluraliste ? L'image chrétien de l'Homme est basé sur des conditions préalables qui ne sont pas partagés de loin par tous les membres de notre société. Des contenus tels que la détermination de l'Homme en tant que créature sont seulement compréhensibles à la lumière de la foi biblique. Ils ne se comprennent pas ‚de soi.‘.
Et pourtant, même pour ceux et celles qui ne partagent pas la confession chrétienne, il y a des points de départ : car aussi l'image chrétien de l'homme inclut des expériences générales et fondamentales (comme par ex. la faculté d'entrer en relations, la dépendance de l'autrui, l'inclination pour le péché, la mortalité) pour les interpréter à sa facon. Toute argumentation raccourci concernant l'être humain et sa dignité est refusée catégoriquement . Même sans l'appartenance à une religion on peut avancer des arguments suivants : le droit à la vie des personnes souffrantes, des malades et des handicapés ne doit pas être mis en question, car selon nos expériences ces dimensions de la vie sont si élémentaires que chaque individu doit s‘attendre qu‘elles puissent lui arriver un jour. Et qui – étant dans une telle situation de faiblesse et de vie menacée ne veut pas avoir la garantie de la société que sa vie, aussi à ce moment (ou surtout à ce moment) sera protégée inconditionellement ? Des arguments raisonnables pour une protection de la vie humaine sont donc accessibles et peuvent être liés à une vue chrétienne.

Mais l'interprétation chrétienne fait encore un pas en avant et c'est là où se trouve sa provocation : la condition humaine sine qua non, ou en d'autres termes, la dignité inaliénable et inviolable de l'Homme est ancrée dans une réalité qui le dépasse et dont il ne peut plus disposer. Il n'est pas la dernière mais ‚uniquement‘ l'avant dernière instance. Egalement dans des conceptions légales modernes l‘idée que la dignité humaine est inaliénable est soulignée et acceptée comme consensus . Mais des développements tels que nous les avons décrit au début montrent clairement que ce consensus peut facilement être entravé ou violé. Dans ce contexte des argumentations chrétiennes par rapport à l'existence humaine – aussi démodées semblent-elles – gagnent une signification hautement actuelle et même prophétique : elles peuvent contribuer à assurer des standards de l'humanité. Mais des formules rhétoriques ne suffisent point: toutes les paroles doivent être ratifiées par des actions!

Le rapport de tension entre les demandes d'une compréhension sur des valeurs sociales dans un contexte d'idéologies pluralistes et une position idéologique-religieuse forte, telle qu'elle est reflété dans l' „image chrétien de l'Homme" ne peut pas être nié. Et pourtant la position ‚chrétienne‘ a une chance dans la mesure où elle peut démontrer qu'elle est raisonnable. Mais cela ne réussit pas uniquement par des preuves théoriques. Il est plutôt important que les
priorités de valeurs ancrées dans l'image de l'Homme, deviendront visibles. Il est décisif que
l'orientation à l‘ „image chrétien de l'Homme" constitue la base pour une pratique (par des
acteurs au sein de l'église, de la société et de la politique) qui s'avère propice pour la vie de tous les hommes . Alors l'argumentation religieuse, basée sur bien de préalables, sera une option a prendre au sérieux, ou même reconnue comme une provocation dont le défaut signifierait une perte d'humanité dans la société moderne.

3. Perspectives socio-éthiques pour organiser la société

La référence à l' "image chrétien de l'Homme" nous permet de se servir de certaines options politiques – mais cela ne présuppose pas encore l'offre de solutions concrètes. Il faudrait donc lutter et entrer en compétition aussi sur cette base-là. Dans une telle tentative l'image de l'homme avec toutes ses tensions et contrastes sert comme critère de vérification de solutions possibles et comme élément de correction qui nous indique quelles options d'action doivent être éliminées dès le début; il est l‘idée régulatrice, et pas la norme d'action. C'est la tâche des chrétiennes et des chrétiens dans nos églises de se servir de cette idée régulatrice dans les débats sociaux de manière à ce qu'on puisse percevoir sa force d'orientation pour le traitement des points d'actualité. La doctrine sociale de l'Eglise offre pour cela une aide précieuse.

Sur la base des thèses avec lesquelles j'ai esquissé au début de mon discours le scénario de défis actuels dans le domaine socio-politique nous avons pu faire ressortir quatre questions fondamentales:

1.Quelle idée de vie humaine réussie et de paix oriente nos actions ?
2.Quelle idée avons nous d'une société juste ?
3.Comment déterminer la relation entre individu et société ?
4.Quel image de l'Homme avons-nous et quel est le fondement de la dignité humaine ?

Dans la deuxième partie de mon discours j'ai essayé de tracer une réponse à la dernière question sur la base des orientations chrétiennes et socio-éthiques. Cela nous permet maintenant d'esquisser des réponses également pour les trois premières questions.

A propos des rapports entre individu et société :

A la lumière de la compréhension chrétienne de l'Homme et de sa dignité nous avons conclu qu'il y a une même origine pour l'individualité et la sociabilité. Cette vue a une signification critique face aux conceptions sociales et aux stratégies politiques. Cela vaut en un double sens: Un rapport déséquilibré entre individualité et sociabilité pourrait favoriser unilatéralement des conceptions individualistes et libéralistes et pomouvoir une interprétation minimaliste de la solidarité, à savoir au sens d'une „aide pour les faibles" uniquement. La conséquence en serait que l'Etat pourra considérablement réduire ses obligations d'état social et le clivage entre riches et pauvres s'aggrandira. Une telle stratégie n'est pas conciliable avec l'image chrétien de l'Homme. D'un autre côté , une accentuation trop forte de la sociabilité pourrait mener à ne respecter que très peu la liberté personelle et l'aptitude à la responsabilité, priver les hommes de leur autonomie et freiner la subsidiarité. C'est le danger d'un état trop bienfaisant qui prend soin d'une manière paternaliste pour toutes ses citoyennes et citoyens,
tout en intervenant profondément dans leurs espaces de liberté. Les facultés des gens de règler eux-mêmes leurs affaires, de veiller à la prévoyance et d'organiser leurs vies doivent s'étioler sous de telles conditions. Mais en même temps s'étiole aussi la capacité et la volonté de s'engager pour l'ensemble de la société et de considérer l'avenir commun comme tâche de chacun.
Face à ces deux dangers la doctrine sociale de l'Eglise affirme : Non seulement faut-il interpréter la solidarité à la lumière de la subsidiarité , mais „contre le malentendu opiniâtre [...] à savoir que la communauté ne devrait intervenir provisoirement et en remplacement que là, où les forces de l'individu sont défaillantes" , il faut insister, que „la communauté [doit] bien avant apporter des prestations, à l'aide desquelles elle crée les conditions préalables pour permettre à l'individu (ou à la communauté au sens étroit du terme) d'exister ou d'entreprendre quelque chose." C'est une orientation très significative aussi bien pour l'avenir des modèles de l'Etat social dans nos sociétés que dans le cadre de l'aide de développement et de coopération.

A propos de l'idée d'une société juste

Dans le cadre de la doctrine sociale de l'Eglise l'idée d'une société juste ne trouve son expression que dans l'idée d'une justice sociale. Ce qui est fondamental c‘est le rapport de répartition économique juste et de participation socio-politique. Il en résulte comme critère pour une politique de justice sociale que la justice de répartition et celle de participation sont de valeur égale et doivent être amenées à former un rapport d'ordre constructif. Dans la plupart des sociétés il y a un déséquilibre énorme concernant la répartition des ressources matérielles. Cela montre qu'il est encore nécessaire de mettre en relief la justice de répartition comme une demande normative de la justice sociale qu'il ne faut point abandonner . Cela n'a pas uniquement trait à la répartition des revenus mais aussi à celle des fortunes qui est loin d'être balancée.

Mais en même temps nous devons aussi percevoir la justice de participation comme un aspect indépendant dans le modèle de la justice sociale. Cette pensée exprime „que les êtres humains sont obligés de prendre part activement et productivement à la vie de la société, et qu'il est la tâche de la société de créer pour eux la possibilité d'une telle participation." Voilà comment les évêques américains l'ont formulé dans leur Lettre Pastorale Economique , dans laquelle l'aspect de la justice de participation a été particulièrement mis en valeur. Cela signifie : la demande de la justice de participation souligne la correlation nécessaire entre la responsabilité des individus de prendre part à l'organisation des processus sociaux , et la responsabilité de la communauté de permettre une telle participation en liberté.

De plus , une définition de justice sociale et de son envergure en tant que principe pour organiser la société se doit de prendre en considération les droits et les chances des générations futures. Les droits et les intérêts de ceux et de celles qui à l'avenir seront concernés par des décisions qui doivent être prises à l'époque présente doivent avoir des ‚avocats‘ pour les représenter dans le processus politique actuel. Il faut toujours poser la question à savoir dans quelle mesure les personnes concernées peuvent prendre place à la table de négotiation. Les rapports de pouvoir structurels s'expriment, il faut le dire, dans des droits de participation"

Le but de la justice sociale est le bien-être commun. Il demande la meilleure réalisation possible de ces conditions cadre qui le permettent à tous les membres de la société de poursuivre leur épanouissement personnel ensemble avec les autres membres de la société. Ainsi un autre critère pour une compréhension adéquate de la justice sociale apparaît : la question qui est concerné ? La responsabilité pour le bien-être commun est , sans aucun doute, la tâche centrale de l'Etat , qui, selon la compréhension de l'éthique sociale chrétienne, en tire sa légitimation fondamentale . Mais il faut insister également sur le fait, que la demande de justice sociale n'est point un défi pour l'Etat seul, mais interpelle l‘obligation des forces libres de la société comme des citoyens et citoyennes individuels.

A propos de l'idée de vie humaine réussie et de paix

Si l'on parle d'une vie humaine réussie cela implique les possibilités pour satisfaire aux besoins fondamentaux et au développement des capacités humaines. Ce sont des demandes de justice. Si ces demandes sont violées continuellement et gravement, alors la dignité humaine des personnes concernées est mésestimée et une source d'insatisfaction et de violence s'ouvre. Si les pauvres ne reçoivent pas ce qui leur est dû par rapport aux biens et aux droits de participation ils s'en empareront – si nécessaire avec violence. Cette réflection montre : la mise en danger de la paix n'est pas un évènement naturel , mais à toujours à faire avec des situations d'injustice créés par des Hommes eux-mêmes. La discorde ne commence pas là où une guerre éclate . A l'inverse il vaut également : la paix ne s'établit pas automatiquement au cas où les armes se taisent. Une „paix juste", une perspective que la doctrine sociale de l'Eglise vient d'exprimer très clairement il y a peu de temps, demande beaucoup plus:

A la longue, la paix entre les peuples, entre les groupes et ethnies ne peut pas être créé et ensuite assurée (uniquement) par des moyens militaires. Pour atteindre ce but il faut mettre à sec les sources d'où provient tout un potentiel qui a recours à la violence. La misère et la pénurie, des inégalités économiques et politiques extrèmes, la violation continuelle et la méprise de la dignité humaine et des droits humains des individus, des groupes et des peuples tout entiers, la destruction de l'estime qu'on a de soi-même et de l'identité – en somme, toutes les situations et les actions privant les Hommes de leurs droits fondamentaux de vie et de l'épanouissement de leurs capacités humaines élémentaires pour une période illimité – sont à eux–mêmes des formes de violence et cause de discorde contre lesquelles il faut lutter, si on veut arriver à une vie ensemble paisible et un avenir propice à l'Homme.

C'est pourquoi l'annonciation sociale de l'Eglise et l'éthique sociale chrétienne soulignent toujours à nouveau que la politique de coopération, que les efforts pour arriver à un ordre juste et légale de l'économie et de la politique globale doivent s'orienter autour de la prévalence de la personne humaine et de l'estime et de la dignité de chaque être individuel.

C'est pourquoi il faut donner de la priorité politique à des stratégies à long terme pour lutter contre la pauvreté, pour promouvoir un développement indépendant, pour renforcer l'état de droit et la démocratie, pour sauvegarder et faire valoir les droits humains et pour arriver à une compréhension interculturelle et interreligieuse. De plus, il faut faire tout le possible pour qu'une cour internationale de droit pénal soit établie – comme instrument de promotion de „l'état de droit" au niveau mondial.

Justement parce que les idées des hommes et des femmes d'une bonne vie sont différentes il faut assurer les conditions matérielles et idéelles pour tous de pouvoir participer aux tâches pour organiser le monde. Ce n'est que de cette manière- là qu'on créera des conditions pour permettre aux hommes de vivre en paix et de faciliter la compréhension entre des cultures différentes. Respecter la liberté et faire valoir la justice, voilà deux demandes qui doivent être réalisées pour chaque être humain, de manière à ce que la reconnaissance réciproque de la dignité humaine ne reste pas une formule vide. Seulement si cela réussit il y aura une rélle chance de paix à l'intérieur d'une société et au niveau mondial. A ce moment-là seulement une des phrases fondamentales de la doctrine sociale de l'Eglise sera réalisée, à savoir que l'Homme est origine, gestionnaire et but de toutes les institutions sociales, tel que l'a formulé la constitution pastorale du Concile Vatican II.

Prof. Dr. Marianne Heimbach-Steins